Regards des lieux


De nos mains

Cinéma-concert

Une série de courts-métrages documentant le rapport des hommes avec la matière, leur travail, racontant leurs gestes, leurs mouvements, leurs chorégraphies dans leurs espaces quotidiens.

Jérémie Lamouroux : images, montage, réalisation.
Djamila Daddi-Addoun : co-réalisation et montage Silicium.
Martin Debisschop : guitare préparée, magnétophone à bandes, prise de son, composition.
Laure Nicoladzé : coordination de production.

Avec le soutien de la Ville de Grenoble, le Région Auvergne Rhône-alpes, le Conseil Départemental de l'Isère, les entreprises Ferropem et Barthalay, La Source, Cinex, Les Eaux de Mars.


Une coupe (12’ / 2010 / Noir & Blanc / Mini-DV)

Scieurs (13’ / 2016 / Noir & Blanc / Num)

Silicium (14’ / 2017 / Noir & Blanc / Num)


Ça ouvre avec de la corde, un bucheron et un cheval, ensuite une machine encore à taille humaine et des hommes autour, et après un haut fourneau et des cailloux changés en métal. Ces trois films sont muets et pourtant. Tu entends presque la neige crier et les flammes crépiter. Devant l’écran tendu, un homme se penche sur un instrument, une guitare préparée. Il a placé divers objets au travers des cordes, et cela permet d’altérer le son, d’en faire autre chose. Il joue avec les films tout du long, avec les images, et avec les silences aussi. C’est toute une histoire du travail à travers ses outils et son rapport à l’homme traversé en trois courts films et mis en son et en musique en direct.





« Tu viens regarder un film, et en fait tu en verras trois, disons trois courts. Tu crois vaguement savoir, ou bien on t’a dit que : ça tourne autour du travail. Tu t’interroges un peu encore mais tu y es, maintenant.

En attendant, sur le plateau, devant l’écran tendu, tu vois un homme qui se penche sur un instrument que tu ne reconnais pas. C’est une guitare préparée : il a placé divers objets au travers des cordes, et cela permet d’altérer le son, d’en faire autre chose. Que tu ne connais pas. Il va commencer à jouer, et il jouera tout du long, avec les images, et avec les silences aussi. Peut-être tu l’oublieras tant il se fond dans la projection.

Ça ouvre avec de la corde , un bucheron et un cheval , ensuite une machine encore à taille humaine et des hommes autour, et après un haut fourneau et des cailloux changés en métal. C’’est toute l’histoire du travail à travers ses outils et son rapport à l’homme que tu retraverses en trois courts films. Ces films sont muets et pourtant. Tu entends presque la neige crier et les flammes crépiter. Tu es dans les éléments, comme avec ces hommes au travail, les mains et l’esprit voués à la matière. Ces films sont en noir et blanc et pourtant. Tu crois les voir parfois en couleurs. C’est écrit que c’est du documentaire, et pourtant. Tu crois voir de très belles images inventées. Tu regardes la chorégraphie des gestes et des corps à l’ouvrage, les intentions et les précisions de chacun, intensément présent à ce qu’il fait. C’est une véritable danse avec ses codes et son rythme, ses rôles aussi. C’est un jeu mais c’est très sérieux. L’engagement est permanent, tendu, il ne s’agit pas de rater un seul geste.

Tu regardes parfois plus précisément le musicien, tu l’écoutes aussi tisser mêler des sons en pinçant les cordes comme un tisserand. Ou bien il frappe et façonne comme un sculpteur. Attentif ou actif, il est au travail aussi. Tu es pris dans le ballet au moment où tu t’y attendais le moins, par effet de miroir. Parfois tu les envies, car c’est intense et c’est fort. Parfois tu ne voudrais de ça pour rien au monde : c’est difficile, épuisant et risqué.

On te rend le travail manuel visible. C’est d’aujourd’hui dont il s’agit, et de pas très loin.

Tu auras peut-être l’envie d’en discuter avec les autres, à la fin. Comme pour en voir plus, en entendre encore.

Ce dont tu es certain, c’est que tout ce que tu as vu et entendu restera ensuite en toi. »


Gaëlle Partouche